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Syndrome des jambes sans repos en sevrage : ce qu'il faut savoir

Des fourmillements, une sensation de courant électrique ou de tension dans les jambes qui vous empêchent de rester immobile la nuit — et qui s'apaisent en marchant. Le syndrome des jambes sans repos (SJSR) est un trouble neurologique bien défini, mais il peut être déclenché ou aggravé lors du sevrage des benzodiazépines, des Z-drugs ou des gabapentinoïdes. Cette page explique ce que c'est, pourquoi il surgit au sevrage, le rôle souvent sous-estimé du fer sanguin, et les traitements dont l'efficacité est établie.

De quoi parle-t-on ? Besoin irrépressible de bouger les jambes au repos, aggravé le soir Lien avec le sevrage : la suppression des benzodiazépines et Z-drugs peut déclencher ou amplifier le SJSR Niveau de preuve : diagnostic bien validé ; traitements (fer, gabapentinoïdes) avec preuves solides
Important. Cette page est informative et ne remplace pas un avis médical. Le diagnostic du SJSR et la décision de traiter appartiennent à un médecin. Certains médicaments mentionnés ici (agonistes dopaminergiques, gabapentinoïdes) sont des traitements sur ordonnance qui nécessitent une évaluation clinique. Ne modifiez jamais votre traitement de sevrage sans votre médecin.

Qu'est-ce que le syndrome des jambes sans repos ?

Le SJSR — aussi appelé maladie de Willis-Ekbom — est un trouble neurologique sensorimoteur reconnu par l'International Restless Legs Syndrome Study Group (IRLSSG). Son diagnostic repose sur quatre critères cliniques définis en 2003 et affinés depuis :

Ces quatre critères doivent être présents, et les symptômes ne doivent pas s'expliquer uniquement par une autre condition (crampes nocturnes, neuropathie périphérique, inconfort lié à une mauvaise position). La prévalence dans la population générale est estimée entre 5 et 10 %, mais elle monte significativement chez les personnes en sevrage.

Pourquoi le sevrage peut-il déclencher ou aggraver le SJSR ?

Les benzodiazépines et les Z-drugs (zolpidem, zopiclone) agissent sur les récepteurs GABA-A et exercent un effet sédatif sur le système nerveux central. Lors d'une prise prolongée, le système nerveux s'adapte (désensibilisation des récepteurs GABA, hyperactivité glutamatergique compensatrice). Quand on réduit ou arrête le traitement, cette hyperactivité devient dominante.

Plusieurs mécanismes expliquent le lien avec le SJSR :

Par ailleurs, les gabapentinoïdes (prégabaline, gabapentine) sont à la fois des traitements du SJSR et des substances créant une dépendance physique. Leur sevrage peut lui aussi déclencher ou exacerber le SJSR — parfois de façon sévère.

SJSR ou impatiences anxieuses ? Comment les distinguer

En sevrage, il n'est pas toujours facile de séparer le SJSR vrai d'une agitation anxieuse des membres. Quelques repères utiles :

Les deux peuvent coexister. En cas de doute, un médecin ou un neurologue peut aider à préciser le diagnostic.

Le rôle du fer et de la ferritine

La carence en fer — même sans anémie — est l'un des facteurs les mieux établis dans la genèse et l'aggravation du SJSR. Le fer est un cofacteur indispensable à la synthèse de la dopamine dans le cerveau. Une ferritine basse (même dans les valeurs « normales » du laboratoire) peut suffire à déstabiliser ce système.

Les recommandations cliniques de l'IRLSSG (Allen et al., 2018) précisent les seuils d'intervention :

En pratique : demandez un bilan ferritine + saturation de la transferrine à votre médecin. Ce bilan est simple, peu coûteux, et souvent omis. Une ferritine à 40 µg/l est dans la norme d'un laboratoire général mais insuffisante pour le cerveau dans ce contexte. Une supplémentation orale (idéalement à jeun, avec de la vitamine C pour l'absorption) peut apporter un soulagement notable en quelques semaines.

Mesures non médicamenteuses

Elles ne remplacent pas un traitement si le SJSR est significatif, mais elles peuvent aider à réduire la fréquence et l'intensité :

Traitements médicamenteux validés

Le choix du traitement dépend de la sévérité, des comorbidités, et du contexte du sevrage. Il relève du médecin.

Gabapentinoïdes (gabapentine, prégabaline)

Depuis les recommandations 2025 de l'American Academy of Sleep Medicine, les gabapentinoïdes constituent la première ligne préférentielle pour le SJSR modéré à sévère. Ils agissent sur les canaux calciques alpha-2-delta, réduisant l'hyperexcitabilité neuronale. Dans le contexte d'un sevrage benzo, ils présentent un avantage supplémentaire : ils contribuent à atténuer l'hyperexcitabilité du sevrage lui-même.

Attention : gabapentine et prégabaline créent elles-mêmes une dépendance physique. Si vous êtes déjà en sevrage d'un gabapentinoïde, l'introduction d'un autre devra être discutée très soigneusement avec votre médecin.

Agonistes dopaminergiques (pramipexole, ropinirole, rotigotine)

Ces médicaments ont longtemps été le traitement de référence du SJSR. Ils restent efficaces, mais leur usage est aujourd'hui davantage encadré en raison d'un effet secondaire important : le phénomène d'augmentation.

Qu'est-ce que l'augmentation ? Il s'agit d'un paradoxe : après plusieurs mois ou années de traitement, les symptômes s'aggravent et s'étendent, apparaissent plus tôt dans la journée, touchent les bras, et deviennent plus intenses qu'avant le traitement. Ce phénomène a été documenté avec les trois agonistes dopaminergiques (pramipexole, ropinirole, rotigotine). Les recommandations actuelles conseillent de maintenir les doses aussi basses que possible et de ne pas dépasser les doses indiquées pour le SJSR (elles sont inférieures à celles utilisées dans la maladie de Parkinson).

Si l'augmentation survient, le passage aux gabapentinoïdes est généralement la stratégie recommandée.

Supplémentation en fer

Comme décrit plus haut, c'est souvent le geste le plus simple à envisager en première intention si la ferritine est basse. Le fer n'a pas les effets secondaires des médicaments précédents et peut suffire dans les formes légères à modérées associées à une carence.

Quand consulter en urgence ou rapidement

FAQ courte

Le SJSR disparaît-il après la fin du sevrage ?

Dans beaucoup de cas, les symptômes déclenchés par le sevrage s'atténuent progressivement une fois la réduction terminée et le système nerveux stabilisé. Cela peut prendre plusieurs semaines à quelques mois. Si le SJSR préexistait au traitement benzo (et que les benzodiazépines le masquaient), il persistera et devra être traité pour lui-même.

Mon médecin ne connaît pas le SJSR lié au sevrage. Que faire ?

Le lien entre sevrage benzo et SJSR est encore peu connu des médecins généralistes. Vous pouvez lui apporter des éléments documentaires et demander une orientation vers un spécialiste du sommeil ou un addictologue. Les CSAPA (centres de soins en addictologie) sont formés à ces situations.

La mélatonine peut-elle aider ?

La mélatonine peut aider à réguler l'endormissement perturbe par le sevrage, mais elle n'a pas d'effet démontré sur les symptômes du SJSR lui-même. Elle peut être utile en complément si l'insomnie est au premier plan.

Est-ce que la réduction progressive de la benzo peut suffire à faire disparaître le SJSR ?

Oui, parfois. Dans les cas où le SJSR est entièrement déclenché par le sevrage, une réduction plus lente (selon la méthode Ashton) peut permettre de traverser cette phase avec des symptômes moins intenses. Augmenter temporairement la durée d'un palier est préférable à l'introduction d'un nouveau médicament si les symptômes restent supportables.

Communauté d'entraide

Le forum BenzoPotes accueille les personnes en sevrage de benzodiazépines, Z-drugs et gabapentinoïdes. Symptômes comme le SJSR, questions sur les traitements, soutien — sans jugement.

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Sources