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Médicaments contre le trouble d'usage de l'alcool (AUD)

Tableau de référence francophone d'après le Dr Jeff Harries (2019), enrichi des recommandations APA, CPA et UpToDate.

Avertissement médical. Ce tableau est une synthèse pédagogique destinée à éclairer une discussion avec un médecin ou un addictologue. Aucun de ces médicaments ne se prescrit ni ne s'arrête seul. Les doses, indications et contre-indications dépendent de votre histoire clinique, de votre fonction hépatique/rénale, de vos co-prescriptions et de votre éventuelle dépendance aux opiacés. En cas de sevrage alcoolique aigu (tremblements importants, désorientation, hallucinations, fièvre), appelez le 15 ou le 112.

Comment lire ce tableau

Ce tableau classe les médicaments validés pour le trouble d'usage de l'alcool selon trois niveaux de preuve et d'accessibilité :

L'efficacité de chaque molécule dépend du profil du patient : un médicament inefficace chez l'un peut être déterminant chez l'autre. Il est fréquent d'essayer plusieurs traitements avant de trouver celui qui aide.

1re ligne

À discuter en priorité avec votre médecin.

Acamprosate

Sobre depuis > 7 jours

Pour qui ? Réduit l'envie (craving) chez le patient déjà sobre. Si la consommation reprend, l'acamprosate ne suffit pas à arrêter — c'est un médicament de maintien de l'abstinence.

Dose
333 mg × 3/jour si poids < 60 kg
666 mg × 3/jour si poids > 60 kg
Forme
Comprimé
Prise
3 fois/jour, à heures régulières

Mécanisme — Antagoniste du glutamate (réduit l'effet excitateur résiduel post-sevrage).

Précaution — À éviter en cas d'insuffisance rénale.

Naltrexone

Patient encore alcoolisé ou à risque de reprise

Pour qui ? Patient qui boit encore, ou qui s'est arrêté mais risque de reprendre. Réduit le risque de retomber dans une consommation lourde si la consommation reprend. Compatible avec la méthode Sinclair.

Dose
50 mg, soit 1/2 à 1 comprimé
Forme
Comprimé
Prise
Le matin, ou 1 h avant le premier verre prévu (Sinclair)

Mécanisme — Bloqueur des récepteurs μ-opioïdes : supprime la récompense neurochimique liée à l'alcool, favorise l'extinction de l'envie. Restaure progressivement la fonction du réseau de décision préfrontal endommagé par l'alcool.

Contre-indications majeures — Ne pas associer aux opiacés (précipite un syndrome de sevrage opioïde sévère). Insuffisance hépatique : seulement avec surveillance étroite. Peut être combinée à l'ondansetron en cas d'AUD à début précoce (EOAUD).

2e ligne

Le patient peut commencer le traitement même s'il boit encore.

Topiramate

Usage de cocaïne, colère explosive, ESPT

Pour qui ? Plus efficace si antécédents ou usage actuel de cocaïne, en cas de colère explosive (anger volatility), ou d'état de stress post-traumatique (ESPT/PTSD).

Dose initiale
25 mg/jour
Titration
+25 mg/jour chaque semaine pendant 3 semaines, puis +50 mg/jour chaque semaine
Dose max
300 mg/jour
Forme
Comprimé

Mécanisme — Antagoniste du glutamate, agoniste GABA, modulateur kainate. Réduit l'envie en abaissant l'excitation et en augmentant l'inhibition.

Précautions — Si effets secondaires marqués (cognition, fatigue), peu probable que le patient en bénéficie : arrêter. Pendant la grossesse, risque de fente palatine ~1/200 — balance bénéfice/risque vs syndrome d'alcoolisation fœtale (SAF) à discuter.

Gabapentine

Antécédents de convulsions de sevrage

Pour qui ? Patient avec antécédents de convulsions liées au sevrage alcoolique. Ces antécédents indiquent souvent que la gabapentine sera efficace pour réduire ou arrêter la consommation.

Dose initiale
300 mg × 3/jour
Titration
Augmentation hebdomadaire jusqu'à 600 mg × 3/jour
Forme
Comprimé / gélule

Mécanisme — Augmente l'effet inhibiteur (GABA) et réduit l'excitation (glutamate).

Contre-indication — Antécédents d'abus de stimulants. La gabapentine a un potentiel d'usage détourné chez ces patients.

Scénarios cliniques spéciaux

Indications ciblées selon le profil du patient.

Baclofène

Insuffisance hépatique avancée, anxiété/insomnie

Pour qui ? Patient avec maladie hépatique avancée, ou dont la consommation sert à apaiser l'anxiété ou favoriser le sommeil. Peut s'utiliser même en cas d'insuffisance hépatique aiguë.

Dose standard
10 mg × 3/jour, jusqu'à 20 mg × 3/jour si nécessaire
Anxiété / insomnie
10 mg au coucher + 10 mg × 3/jour si besoin (PRN)
Forme
Comprimé

Mécanisme — Agoniste GABA-B (effet inhibiteur central).

Ondansetron

AUD à début précoce (EOAUD, < 25 ans)

Pour qui ? AUD diagnostiqué avant 25 ans (EOAUD), souvent avec : black-outs fréquents, traits antisociaux, antécédents familiaux d'AUD/SUD au 1er degré, risque ×4 de trouble lié aux opiacés, risque ×4 d'incarcération pour violence.

Dose AUD
4 µg/kg × 2/jour (bien plus faible que la dose anti-nausée standard de 4-8 mg toutes les 8 h)
Forme
Solution liquide 4 mg/5 mL (bien moins coûteuse que la formulation composée)

Mécanisme — Antagoniste sérotoninergique. Le transport de la sérotonine est altéré dans l'EOAUD ; l'ondansetron améliore la fonction du système que l'alcool a endommagé.

Précaution — Si la consommation s'aggrave, arrêter et passer à la sertraline 50 mg/jour. Peut être associé à la naltrexone chez les EOAUD.

Sertraline

Dépression + AUD à début tardif (> 25 ans)

Pour qui ? Patient déprimé avec AUD apparu après 25 ans (clinique non-EOAUD).

Dose
50 à 100 mg/jour
Prise
1 fois/jour
Forme
Gélule (jaune/blanc)

Mécanisme — Améliore la fonction sérotoninergique altérée dans l'AUD. Peut être associée à la naltrexone pour agir aussi sur la consommation elle-même.

Précaution — Si la consommation s'aggrave, arrêter et passer à l'ondansetron 4 µg/kg × 2/jour.

Source originale. Tableau publié par le Dr Jeff Harries le 24 janvier 2019. Pour davantage de détails, consultez UpToDate, les American Psychiatric Association — AUD Practice Guidelines (2018), et le Canadian Psychiatric Association — AUD Training Overview (juin 2015). Cette traduction et reformulation française est proposée par BenzoPotes à des fins pédagogiques ; en cas de divergence, le tableau source en anglais fait foi.